Ces jeunes Canadiens qui vont transformer l’agriculture

La promotion 2017 du Sommet des jeunes en agriculture : 100 délégués venus de 49 pays, avides de changement.

Avant de changer le monde, il faut saisir les véritables enjeux. C’est ce à quoi ont pu se livrer les participants au troisième Sommet des jeunes en agriculture, qui s’est tenu à Bruxelles (Belgique) en octobre dernier.

On y comptait 100 délégués provenant de 49 pays, et le Canada était bien représenté. Bayer et deux associations de jeunes agriculteurs belges avaient organisé l’édition 2017 de l’activité, qui visait à savoir comment les 18-25 ans s’y prendraient pour nourrir la planète de façon pérenne.

Le réseautage a battu son plein sur fond de conférences et de débats animés. Répartis en dix groupes, les participants devaient imaginer des solutions novatrices à tel ou tel des cinq objectifs onusiens de développement durable, dans le contexte de l’agriculture.

Bayer a subventionné les promoteurs de trois de ces projets axés sur le changement. Surveillez les jeunes Canadiens dont voici le portrait, car ils vont faire bouger les choses. Soyons fiers de nous : le Canada est le seul pays représenté au sein des trois équipes gagnantes!

Cassandra Hayward

Originaire d’Halifax (Nouvelle-Écosse), Cassandra Hayward conjugue désormais deux passions : l’agriculture et la politique. C’est le programme des 4H qui a convaincu cette jeune citadine que l’agriculture (l’élevage laitier, plus précisément) exerçait sur elle une réelle attirance. Elle s’est rendue au Sommet pour apprendre notamment à élaborer des politiques de soutien au secteur agricole. « Cela m’effrayait un peu, se souvient l’étudiante de l’Université Dalhousie. La plupart des autres délégués étaient plus âgés et avaient déjà entamé leur carrière. »

« Ce fut toute une expérience. Quel professionnalisme! Ma vie en a été transformée. On se sent facilement à l’écart quand on ne fréquente pas une école d’agriculture; autour de moi, peu de gens partagent ma passion. C’était donc quelque chose de se retrouver en compagnie de 99 autres jeunes, confiants, enthousiastes et passionnés. Sans parler du fait d’être intégrée à un groupe et de se dire qu’on allait réaliser de grandes choses. »

Le groupe de Cassandra, qui planchait sur la question de l’égalité entre les sexes, a bien vite saisi que l’objectif ne pouvait être atteint que par l’éducation. Or, les personnes que les inégalités entre les hommes et les femmes pénalisent le plus n’ont guère accès à l’éducation. Aussi Cassandra et ses coéquipiers – originaires du Salvador, de l’Indonésie, de l’Europe et du Kenya – ont-ils décidé de circonscrire leurs efforts.

C’est ainsi qu’est née l’idée d’une plateforme en ligne destinée aux femmes inscrites à l’université et qui serait expérimentée au Kenya.

Cassandra Hayward

Nous souhaitons leur permettre de s’engager dans le secteur agricole, l’objectif ultime étant, au retour dans leurs villages, d’y jouer un rôle moteur.

« Nous souhaitons leur permettre de s’engager dans le secteur agricole, l’objectif ultime étant, au retour dans leurs villages, d’y jouer un rôle moteur », explique Cassandra. « Pour que la chimie opère dans l’ensemble du pays, il faut que des femmes occupent des postes de pouvoir. »

La plateforme portera sur les pratiques commerciales et juridiques du Kenya – pays où les femmes ont rarement le droit de posséder de la terre. En plus de cours en ligne, l’équipe entend offrir des fonds de bourses d’études et aider les femmes à saisir les occasions qui se présentent dans leur milieu. Baptisé Agrikua (kua signifie « croissance » en swahili), le projet a valu à ses promoteurs le premier prix, d’un montant de 10 000 €. Les membres de l’équipe bénéficieront aussi d’une formation et d’un encadrement qui assureront la concrétisation du projet. Cassandra retournera en Europe au début de 2018 pour participer aux activités.

« C’était fantastique de faire partie de cette extraordinaire équipe de jeunes. Les liens que nous tissons ont une valeur inestimable. J’ai découvert en agriculture des possibilités inimaginables, et c’est extrêmement libérateur. Je crois que chacun des participants au Sommet a le pouvoir de changer le monde. »

Brandon Hebor

Ses premiers semis avaient pour cadre la cour de sa maison de Toronto. Depuis, la passion que nourrit Brandon Hebor pour l’agriculture ne fait que croître. Elle a conduit cet entrepreneur de 25 ans à fonder Ripple Farms, où il consacre tout son temps à populariser l’agriculture urbaine, à faire découvrir l’alimentation aux Torontois et à intéresser les milléniaux à l’agriculture.

« Je suis parti au Sommet avec pour objectif de découvrir les enjeux du monde agricole, auprès des premiers intéressés eux-mêmes. On entretient mutuellement notre ardeur [...] face à ce que l’avenir nous réserve sur le plan technologique. Cette vision des agriculteurs, des scientifiques et des agronomes du futur [...], c’était vraiment exaltant. »

Baptisé « Seeds of Change » (« graines de changement ») et chargé du dossier de l’éducation, le groupe de Brandon a tout naturellement cherché une façon originale d’amener les jeunes à l’agriculture. « L’idée était de susciter l’intérêt grâce à de jeunes promoteurs de la cause qui, dans les écoles, présenteraient la nouvelle donne entourant les possibilités de carrière en agriculture. »

Brandon voulait savoir ce qui se faisait déjà dans les neuf pays d’origine des membres de son groupe, et ce qu’on pouvait améliorer. Deuxième sur la ligne d’arrivée, « Seeds of Change » a obtenu une subvention de 5 000 € qui l’aidera à bâtir sur Internet un réseau de promoteurs de l’agriculture et à ébaucher un programme de formation fondé sur leurs valeurs communes.

Brandan Hebor

Faire montre d’ouverture, exiger beaucoup de soi et remettre le statu quo en question, c’est une attitude que j’observe chez beaucoup de jeunes. C’est pour cela que, selon moi, leur présence en agriculture est capitale.

À son retour, Brandon n’en était que plus ardent à rendre l’agriculture attrayante auprès des élèves. « Quand on a lancé Ripple Farms, on pensait que notre jeune âge était notre principal handicap. On ignorait que c’était notre plus grand atout! Faire montre d’ouverture, exiger beaucoup de soi et remettre le statu quo en question, c’est une attitude que j’observe chez beaucoup de jeunes. C’est pour cela que, selon moi, leur présence en agriculture est capitale. »

« Bref, j’ai vécu une expérience extraordinaire. La semaine la plus tonique que j’ai connue depuis des années! Intense, mais 100 % gratifiante. »

Cameron Olson

L’Albertain Cameron Olson fréquente l’Université de l’Alberta, où il vise un doctorat en sciences animales. Il a grandi à Calgary et ses contacts quotidiens avec le monde agricole ne remontent qu’à 2002, lorsque ses parents sont retournés dans la ferme familiale.

C’est au sein du club 4H local que Cameron s’est découvert pour le bétail un intérêt durable qui l’a conduit à s’inscrire à l'Université A&M du Texas. Des membres du club lui ayant parlé du Sommet des jeunes en agriculture, il a décidé de tenter sa chance.

« Ce qui m’a attiré avant tout, c’est que, même sans antécédents ni formation en agriculture, on pouvait demander à participer au Sommet. Il suffisait d’avoir un intérêt pour les questions agricoles. Cela m’a plu, parce que je trouve que ce secteur tend à vivre en vase clos, fermé à des tas d’idées et aux comportements des consommateurs. » Ce qui a incité Cameron à s’inscrire, c’est qu’il s’agissait d’un rassemblement de 100 jeunes de son âge et de différents pays, dont beaucoup parlaient à peine l’anglais, voire pas du tout, et n’avaient pas forcément une grande connaissance du monde agricole.

Le jeune homme a adoré la liberté d’interaction entre les délégués. Le groupe dont il faisait partie devait étudier comment retenir les jeunes en agriculture. Il y a acquis une vision toute neuve du problème du départ en ville des jeunes qui ont grandi à la ferme.

« En Amérique du Nord, les villes peuvent absorber ceux qui quittent la campagne, parce que notre agriculture est de type industriel. Dans les pays en développement, le contrecoup est bien plus important : leur économie ne peut s’adapter aussi facilement, parce que les emplois sont rares ou mal rémunérés. Cela fait aussi baisser le rendement du secteur agricole. »

L’équipe de Cameron a proposé l’envoi de matériel pédagogique et d'équipements, au moyen de conteneurs qu’on acheminerait ensuite dans les villages, où ils serviraient à attirer et à former les jeunes; les outils et connaissances fournis leur permettraient d’acquérir les rudiments de la production ou de la transformation.

Cameron Olson

Je dispose maintenant de 99 points de chute dans le monde, chez des gens avec lesquels je peux en plus échanger des idées. Je crois que ce sera la prochaine génération de chefs de file du secteur agricole. Beaucoup le sont déjà.

Pour Cameron, le Sommet était aussi l’occasion de nouer des liens. « Je dispose maintenant de 99 points de chute dans le monde, chez des gens avec lesquels je peux en plus échanger des idées. Je crois que ce sera la prochaine génération de chefs de file du secteur agricole. Beaucoup le sont déjà. C’était très encourageant d’être confronté à toutes ces idées, à toutes ces passions. »

Alexis Wagner

Alexis Wagner a terminé sa formation de bio-ingénieure et entend poursuivre des études en durabilité des chaînes d’approvisionnement agricoles. L’expérience qu’elle a acquise sur le terrain comme brasseuse professionnelle puis responsable des approvisionnements en recettes et en matières premières au sein de la Torontoise Mill Street Brewing – le plus gros brasseur nord-américain de bières biologiques – lui a appris l’importance d’une chaîne de valeur fiable et de qualité.

Le Sommet des jeunes en agriculture répondait parfaitement à l’une de ses priorités : comprendre les enjeux mondiaux de la sécurité alimentaire. « Fondamentalement, tous ces enjeux sont liés à l’agriculture. Je misais donc beaucoup sur les échanges que j’aurais durant le Sommet avec des représentants de tous les secteurs de l’agriculture. »

Le groupe d’Alexis devait justement se pencher sur la production et la consommation responsables. Comment, par exemple, changer le regard des consommateurs, face aux légumes dits « moches » et pourtant aussi nutritifs que ceux d’apparence irréprochable. Il s’agissait de réduire le gaspillage alimentaire, mais aussi, plus généralement, de favoriser un changement de culture, y compris dans les pays en développement. « C’est à nous qu’a été décerné le troisième prix; notre groupe continue donc d’étudier un projet pilote pour mettre notre idée en œuvre », explique Alexis.

L’équipe voulait s’écarter de l’approche traditionnelle, consistant pour les détaillants à offrir les légumes « moches » au rabais. Selon Alexis, on renforce ainsi l’idée que ces produits ne sont pas aussi bons que les légumes dits parfaits. « Cela n’aide pas vraiment leurs producteurs, qui ont dépensé autant d’argent et d’intrants pour faire pousser ces carottes légèrement tordues! »

« Notre campagne a donc visé les enfants et fait appel à des personnages amusants. Nous avons une illustratrice dans notre groupe. C’est elle qui a dessiné cette famille de fruits et de légumes imparfaits. »

Il s’agissait donc de monter un programme éducatif autour de ces nouveaux personnages, afin d’apprendre aux enfants qu’il est important de manger des fruits et des légumes, mais aussi que leur apparence ne change rien à leurs qualités nutritionnelles.

Alexis Wagner

À la fin de la semaine, l’impression générale était extraordinaire; on se sentait tous dans le même bateau, animés d’une énergie incroyable – c’est presque indescriptible

Comme les autres participants canadiens au Sommet, Alexis a attribué à ce dernier son regain d’intérêt pour son travail et pour l’agriculture en général. Elle pense que le mouvement aura des répercussions durables. « À la fin de la semaine, l’impression générale était extraordinaire; on se sentait tous dans le même bateau, animés d’une énergie incroyable – c’est presque indescriptible. »

Tous les délégués du Canada ont dit qu’ils encouragent leurs connaissances à s’inscrire à la prochaine édition du Sommet des jeunes en agriculture, qui aura lieu en 2019 au Brésil. Pour plus de détails, consultez le site www.youthagsummit.com.

Article paru à l’origine dans Farm Forum Magazine (janvier 2018).